VERS 1
Hugo! Hugo! Hugo!
Te voici dans le phare de Paris
Me poussant sur l’étable
Où dansent nus des corps !
Des corps : Mveng ! Senghor !
O Eclairs de ma vie poétique,
Je vous vois m’ouvrir le Livre
Où l’encre coule à flots !
Dans ma chambre solitaire,
Le poète transpire au plumitif ;
Il n’est pas seul à son crayon ;
Sa main écrit la dictée des autres.
Les tombes s’ouvrent à grand’cœur ;
Un souffle fort m’enrhume les narines ;
Ce parfum, bourgeon nouveau
Annonce la Pentecôte des vers !
VERS 2
Londres! O Aiguille de ma vie !
Ne suspends pas Shakespeare !
Ne suspends pas Newton !
Ne Suspends pas Dante !
J’ai ouvert tous ces sépulcres ;
Et, sur ma table de travail,
Laisse-les danser pour longtemps
La danse des souffles vivants.
J’étais couché : ils m’ont réveillé ;
Assis sur ma chaise, ils m’étreignent ;
Je me laisse aller à leur jeu
Et mon encre coule ; et abondamment !
Non ! Que le temps ne s’arrête pas ;
Je vais descendre dans leurs mots
Tirer tout le feu de leur mystère ;
Et là je l’étalerai à 10 down Street.
Alors, après la rose des crises,
Je mesurerai la pesanteur de leurs corps
Pour l’offrir aux hypers hommes
Qui courent à la quête du vent.
VERS 3
A la cathédrale toute cette nuit,
Le Saint-Esprit est venu ; a lui.
Il a dansé avec nous
Et on s’est séparés au petit matin.
Il n’y avait plus de corps ;
Il n’y avait que l’Esprit ;
Chantant, riant, rivalisant
D’adresse avec les humains.
Ah ! Que c’était merveilleux
De voir cette communion
Resplendir toute une vie
Autrefois assombrie de doutes !
Quelle joie ça été après Pâques
De monter avec le Sauveur !
De redescendre avec la Lumière
Pour redonner Vie au bois sec !
Les cailloux amers de Golgotha
Ont fondu en oliviers de vie ;
Les gouttes de mercure, sans tache
Remplissent nos mains élevées !
O clochers ! Raisonnez ! Raisonnez !
Que montent les esprits des Pères
Que sur le tabernacle de sang
Commence la moisson nouvelle.
VERS 4
Au fond du miroir
Qui réfléchit mon Etre,
Il y a un jeu particulier
De morts sortants ivres
Du soleil de leur tombe.
Haut de mon ciel ouvert
Je regarde ces espaces vides
Blanchissant sous de feuilles molles ;
Flétrissant sous d’ombres folles.
Au ciel argenté de lumières,
La lune vêtue de beauté
Resplendit en un linceul brillant
Orné d’une faucille claire.
Soudain s’effritent en morceaux
La glace de mon miroir ;
Des esprits y sortent criant
Des sonorités sans terroir.
Et d’un bruit frissé
Toute la glace s’émiette ;
Derrière ce désordre,
Un esprit se gausse tout fatigué
De ma plume ; je l’écrase ;
Il s’enfuit en pleurant ;
Au loin, le vent s’adoucit
La tombe s’ouvre ; la mort meurt.
VERS 5
Aux victimes du krach AF447
Au fond de la mer bleue
Dont l’argent de couleur
N’a eu de prix pour nos vies,
Recevez toutes nos larmes
A cette heure où vous quittez
Prématurément cette vie ;
Fauchés par le destin.
Notre tristesse déborde
Le vase de la mer
Jusqu'à emplir nos cœurs
Du sentiment de votre départ.
A jamais, O tendres membres
De notre humaine famille ;
Au fond de l’eau calme
Où vous reposez
Les vagues tremblent
Du souffle de vos vies ;
Et sur terre, souffle
L’espérance d’un monde.
La mer ne jouera pas ainsi
Avec vos vies ; nos sentiments ;
Contre les flèches qu’elle nous lance
L’armure de vie résiste à jamais.
O bleu, toi que je chérirais
Toujours dans mon cœur
Porte mes larmes au Ciel.
VERS 6
Le poète aime la nuit ;
Mais la nuit ne luit
De son éclat ensorcelant
Que le jour brillant.
Ah le jour! Dans le
soleil
Qui fait ses va-et-vient
Brodé par des rayons purs
Une tache de vie se forme.
Le soleil est un grand monsieur
Un hyper monsieur qui règne
Dans l’azur sans concurrent
Et se repose quand bon lui semble.
Le jour, descendant du temps
Vient se prosterner
Devant le poète en gémissant ;
La lumière le console gentiment.
Le jour s’amuse ; l’air fin
Filtre le soleil coupé en éclairs ;
Le jour frustré par la nuit
Eternue fronçant le visage.
Comme l’enfant qu’on caresse,
Le poète caresse le jour ;
Lui offre le soleil pour rire
Et la lune pour se reposer.
Le jour ou bien la nuit,
Le soleil fait sa
course ;
Malgré la nuit scintillante
Elle se mue en lune.
Le soleil est le petit garçon ;
La lune, la petite fille ;
Là où se fait la mue
Est un nid au fond de ma chambre.
Ce nid, c’est une bougie
Qui s’épanouit de vie
Et la vie qui descend de cette tige
Qui coule jusqu’à toucher son fond
Est un creux de haute vie
Où le poète n’arrive jamais ;
C’est là que le mystère plane
C’est là le fonds du poète.
Les vivants, voulant un peu mourir
Y viennent souvent se muer ;
Les morts, voulant un peu vivre
Y viennent souvent se transmuer.
Et moi, légataire des Rencontres
J’observe avant de tremper
Mon pinceau dans ce vase
Bouillonnant de suc magique.
O Jour ! Destin de ma nuit !
O Nuit ! Destin de mon jour !
Ebaubi du rythme naturel,
Le poète vous ouvre sa main.
Venez y rejoindre les autres
Et que la danse de l’Esprit
Nous emporte sur l’étable
Où l’Esprit prend ses quartiers.
Voyez-vous le poète à table !
Il écrit ! Il écrit ! Il écrit !
L’Esprit se lève ! Le voile mercure
Couvre l’horizon étourdi.
La Table se vide ! Les invités fuient ;
Le poète tend l’oreille attentive
Pour écouter le Feu vivant
Venant du Temple vital.
Le vent souffle ! Souffle ! Souffle !
Les invités sont tous partis !
Ecoutez le bruit de l’Esprit ;
Il parle ; le poète note.
O jour ! Regarde ta robe !
O nuit ! Regarde ta robe !
O regardez ! L’immaculée vie
Embrasant l’univers !
Allez ! Eh, dans la main du poète,
La vie resurgit de partout ;
En furie, elle surgit de partout
En feu, surgit de partout la VIE.
VERS 7
Le soleil en ténèbres
La lune en sang :
Me voici sans vêtement !
Moi qui oublie de m’habiller
Ne fuirais-je pas triste
Ma propre face honteuse ?
Je ne m’adresserai plus au soleil ;
La nuit n’a plus de souffle ;
En soi, on retourne enfin.
Là dehors, tout est confus ;
L’affolement embrase les gens ;
On dirait un troupeau apeuré ;
On cherche le loup inquiétant,
On ne voit que l’agneau inquiétant ;
Le cœur bat ; la mort jubile.
La raison perd sa raison ;
Son cadran a perdu l’heure ;
Le temps n’a plus de temps ;
Il n’y a ni vent impétueux.
La montée d’eau est finie ;
Il n’ y a plus que l’ordre renversé
Et l’homme est déjà perdu
Dans cet arsenal sans maître.
Le soleil descend chercher l’homme ;
La nuit sort chercher l’homme :
Plus rien ; sinon un masque rabougri.
Ayant creusé sa tombe brillante
Où il attend descendre doucement
Sans perturber les autres créatures.
L’agneau résiste au loup ;
Le loup perd sa confiance ;
L’homme meurt ; l’animal transpire.
Le jour n’existe plus ;
La lune n’existe plus ;
La nuit n’existe plus ;
Le soleil n’existe plus.
L’homme ne parle plus ;
Son époque semble fuir
Au loin devant lui
Pour laisser place au rabougri.