LA COUCHE DE L’ELEPHANT
Celui qui semblait ne dépendre
Que de lui vient de voir pendre
Sa vie comme un ruisseau
Dans la gueule du fauve fleuve.
Partout dans les rues qui le craignaient
Partout dans la foule qui l’honorait
Liesse d’ivresse ! liesse inimaginable
Partout des cris « L’éléphant est tombé »
Amis, craignez donc le peuple
Attention à ceux qu’on craint
Plutôt que de les respecter
Leur mort est chapagnée.
Celui qui hier avait une garde rapprochée
Est devenue une charogne brochettée
Que l’on voit à distance sans aide de camp
Sans protection, déjà oublié du temps.
Et c’est pourquoi la sagesse philosophique
Méprisée pour beaucoup comme rêveuse
A toujours estimé que ce qui ne dure pas
Ne mérite pas d’être considérée, hélas.
Le peuple, toujours au pilori des politiques
Sait changer sa veste quand devant le tragique
Et hier, il était avec vous heureux et malheureux
Que votre départ le fait vous oublier pour se remarier.
Que d’éléphants sont tombés dans nos champs
Pas des champs de batailles où le peuple est honoré
Mais dans des champs d’individualisme et d’orgueil
Champs d’autosuffisance, champs d’autosatisfaction.
Celui qui est couché comme une charogne, mon âme
N’est rien d’autre qu’un homme infâme
Toute sa vie, froid, méchant, cupide, cynique
Assassin, moqueur, corrompu, lubrique.
Ce corps si beau est devenu une belle pourriture
Ce corps que des femmes prenaient pour des fleurs
Ne ressemble plus à rien devant la nature
Si ce n’est d’exhaler des odeurs de puanteur.
Regardez le hiphop que se livrent les mouches
Devant cette superbe carcasse posée sur l’herbe
La puanteur est si forte que la nausée superbe
Nous envahit les organes de ses escarmouches.
Ah le bel ! Le beau garçon gentleman ; ventre putride
Seulement des asticots et des larves puis un liquide
De putréfaction qui monte comme une vague
Dans cette aire de moqueur, enflé d’un souffle vague.
O Seigneur, si c’est dans cette triste musique
Que nous espérons jouer au soir de nos vies
Nous épargne ces moments les plus tragiques
Afin qu’ailleurs, trouvions notre bonheur avec envie.
Toutes ces formes qui s’effacent comme un rêve
Tout ce beau tableau du Créateur qui mal s’achève
Quel gâchis ! Quelle tristesse ! Que la vie est
maladroite
Quand elle nous illusionne pour lâcher comme un
squelette.
Ancien homme fort ! Où sont donc tes marabouts !
Ancien homme fort ! Où sont donc tes amis intimes !
Ancien homme fort ! Où sont donc tes privilégiés !
Ancien homme fort ! Où sont donc tes mille serviteurs !
Nous tous, nous savons que nous sommes ordures
Que tout ce qu’on fait, soleil de nos yeux est vanité
Mais s’il faut qu’après une vie vantarde, notre ordure
Soit plus infeste que l’ordure, alors vie sans utilité !
Attention donc à notre passage sur terre
Que nous transformons en vie éternelle
L’humilité si difficile quand on est poussière
Epargne le jour de honte le mépris éternel.
Ces expériences valent bien des vers
Qu’on peut écrire seulement en deux vers.